
Parmi les artistes actuels, on en trouve quelques-uns sensibles à la nouveauté, tout en respectant la tradition. Leur art, comme les sujets traités, évitent les tentations de la rhétorique, une technicité exagérée, toute nouveauté provocante. André Beuchat est certainement l’un d’eux : un graveur encore jeune (né à Neuchâtel en 1956) doté d’une base solide et sûre qui lui sert de moyen (et non de fin) pour exprimer d’autres manières de voir la réalité. Modeste pour ne pas se croire arrivé, réservé, insensible aux divers courants artistiques, aux prix et aux critiques, Beuchat est un graveur moderne dans tous les sens du terme. A travers des constructions imaginaires et des visions intimes, il trouve son inspiration dans un monde serein et silencieux. C’est un monde étrange, fantasque, où l’âme cherche à recréer la réalité de la vie. C’est un monde où toute présence parle un langage humain, réfléchi, pondéré, qui dévoile des vérités plus réelles que de simples apparences. Une des caractéristiques (non exclusive) de son œuvre est le recours à l’architecture. Il ne s’agit pas de descriptions de monuments (il suffirait d’un appareil de photo) ni de situations psychologiques, mais de masses architectoniques qui impressionnent par leur immobilité et leur grandeur. La vue partielle des monuments accentue les perspectives de profondeur et de hauteur, rappelant l’esprit de la cathédrale gothique : la petitesse de l’homme, le respect servile de la créature devant le temps qui passe, l’inéluctable certitude de monter toujours plus haut, par ces escaliers infinis qui reviennent dans plusieurs gravures.
Après les divers courants de l’art abstrait, après les témoignages anxieux de l’incommunicabilité, l’artiste témoigne par ses œuvres de quelque chose de nouveau : il trouve son inspiration dans la valeur éternelle de l’homme qui naît, qui meurt et qui renaît.
Paolo Bellini
Les rêves imagés ou imaginés par André Beuchat proviennent tous, aussi bien dans sa peinture que dans ses gravures, d’une même source : la vision personnelle et inaliénable d’un monde autre et à la fois universel. De cette volonté nettement avouée, et révélée par les œuvres nées selon, découlent les œuvres insérées dans le Temps et l’Espace, voulues par l’artiste en prise directe avec ces deux contraintes qu’il assume fermement.
Ses gravures sont nées d’un puissant souffle saisi à son origine : d’où leur caractère violent et passionné, le risque couru par l’auteur s’identifiant instantanément au résultat se trouvant face à nos yeux étonnés, sans cesse.
Gravures idéales : par l’exaltation de la Nature, surtout végétale, où s’offrent ces sous-bois ombreux, traversés de courants de lumières, à flots, et où parfois affleurent les témoignages de pierres taillées ou polies par les hommes. L’humble traverse devient le chemin par où l’on parviendrait à la lumière.
Gravures idéales : dans les œuvres de pure imagination, André Beuchat modèle son univers de ressources à peine croyables. Par quelle mystérieuse imagination sait-il donner vie intense à ces scènes jamais vues d’horloge railleuse, de murs antiques traversés de linges à sécher ? Où l’âme de l’artiste s’est-elle éprise de ces riens qui deviennent un tout parfait ? Le bonheur est-il à saisir dans ces instants infimes où l’œuvre paraît enfin ?
Par quel doigté, et surtout par quelle sensation transcrite au fil subtil de la minute l’artiste peut-il transmettre, au diapason de ses œuvres révélées, le charme et la beauté de ce qu’il a ressenti lui-même intensément ?
Notre admiration se nourrit pleinement de ces plages remplies de vécu, et s’abandonne à la contemplation, prenant à l’auteur son champ pour le faire sien dans l’intimité retrouvée. La quête existentielle n’a pas d’autre vertu que de se confondre dans l’œuvre d’art menée, ici même, à sa source d’émotion vraie.
Pierre von Allmen
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